Il est des événements dont on ressort sali.e, abimé.e, écorché.e. Comment peut-on s’en relever ? Un vase brisé et recollé reste défiguré, sans plus de valeur, de fonctionnalité, de beauté et il est tentant de vouloir dénoncer, dénoncer encore et toujours, dans l’espoir d’être apaisé un jour …

Pourtant dans l’art japonais, le Kintsugi, de morceaux épars, l’artiste recrée l’objet cassé en soulignant ses fractures de fins filaments d’or. Quelle ode à la maladresse, à l’acceptation de l’histoire ! Quelle paix et quelle force s’en dégagent ! Plus trace de faute, d’accusation, de lamentation ! Sous nos yeux émerveillés, un autre destin a pris forme, témoin de la tendresse et la délicatesse que l’artiste a mises dans chacun de ses gestes, comme un souffle d’amour qui redonne beauté et dignité.

Voilà bien la condition fondamentale – et le but – de tout chemin de réparation : croire en un autre devenir et désirer plus que tout rejoindre cet autre endroit de nous- même fait de lumière, d’amour et de paix. Un désir plus fort que le désir de vengeance, de représailles, de mort – osons le mot – que l’on peut éprouver face au pire. La vie n’est jamais réduite à l’événement, elle attend patiemment qu’on ourle d’or les fissures de son être. La psychanalyse corporelle donne cette opportunité.